Madeleine Leveque
Psychothérapie à Paris 19

Le besoin d'appartenance et être soi-même

Ces deux besoins peuvent-ils coexister ?

 

Peut-on vraiment être pleinement soi-même tout en appartenant ? Ou l’appartenance implique t’il forcément un peu de sacrifice de soi ?

Quand on veut vivre dans sa complète authenticité, peut-on aussi rester auprès du groupe ?

 

Développons d’abord ces deux notions afin de saisir leur importance que ce soit dans la psyché individuelle mais aussi collective.

Le besoin d’appartenance.

Le besoin d’appartenance est un besoin vital.

 

Un impératif biologique nous dit Steven Porges, fondateur de la théorie PolyVagale, science de la sécurité. 

Je reviendrais ultérieurement dans un article sur le sentiment de sécurité vu avec le système nerveux autonome et les apports de la théorie PolyVagale.

 

L’être humain est un être de lien. Nous devons notre survie au fait d’avoir fait groupe. C’était une question de vie ou de mort. Ça l’était à l’époque préhistorique et ça l’est encore aujourd’hui.

L’humain est un mammifère, un animal social par nature.

 

Nous nous régulons les uns les autres. Lorsqu’il y a un trop plein émotionnel ou de stress le soutien d’une personne ou d’un groupe de personne ancrées, sécures est salvateur.

 

Les idées très individualistes que l’on peut retrouver dans certaines dérives du modèle patriarcat, capitaliste, basé sur des principes de domination sont de ce point de vue un non-sens biologique.

Être soi-même

Être authentique, c’est être en lien avec le vivant en soi, avec ses besoins, ses émotions, ses sensations, ses envies…

C’est aussi pouvoir exprimer cette vie en soi pleinement vers l’extérieur et aller dans son sens. Être en mesure de réaliser ses rêves demande la capacité à toucher et laisser être son authenticité.

 

Il y a une grande souffrance dans le fait de vivre à coté de soi, avec des séquelles psychologiques fortes et aussi psychosomatiques. C’est un enjeu de santé globale.

On utilise d’ailleurs le mot « mal-être » pour décrire cette sensation diffuse difficile à nommer précisément : un mal à son être.

 

Être soi-même donne la possibilité de faire une vie qui fait sens. Le sentiment de perte de sens peut découler de choix venus des attentes et conditionnements d’autres que soi-même.  

Pourquoi pour beaucoup d’entre-nous être soi est difficilement conciliable avec le sentiment d’appartenir ?

Si des parties de toi ou des émotions n’ont pas été autorisées à être exprimées durant l’enfance, pour maintenir le lien vital, l’enfant que tu as été a dû éventuellement couper, refouler ou modifier ces émotions et parts de toi.  

 

Par exemple, dans ta famille, peut-être la colère n’était pas de tout acceptée. Cela mettait fortement en colère un de tes parents ou le rendait triste, tu étais puni dans ta chambre pour tes « caprices » au lieu d’être accueilli.e dans ton émotion et accompagné.e dans sa traversée.

Enfant, tu vas mettre en place des stratégies afin de ne plus exprimer cette colère mal aimée.

 

Ne plus exprimer l’émotion ne veut pas dire qu’elle n’existe plus. Non, elle est mise sous un tapis qui a force peut des années plus tard faire un grand nœud en toi.

 

En résumé, une émotion considérée comme non souhaitable par l’entourage, finit par être ressentie comme étant dangereuse car elle risque de te couper du lien d’appartenance.

Le refoulement émotionnel commence et coupe des connexions entre soi et soi et avec les messages et besoins attachés à l’émotion non acceptée.

Pour rappel, ton système nerveux détecte en permanence si c’est sécure ou dangereux et dans ce deuxième cas, il active une stratégie adaptative pour survivre.

 

Dans l’enfance, on est complètement dépendant des adultes qui ont la responsabilité de notre vie, alors c’est une question de survie que de s’adapter au système familial.

La stratégie de survie mise en place dans l’enfance, de manière absolument nécessaire à l’instant T va cependant perdurer une fois adulte alors même qu’il n’y a plus cette dépendance vitale vis-à-vis des autres dans les faits.

C’est comme si à certains endroit la personne reste bloquée à cet état d’enfant qui craint de perdre le lien si précieux en exprimant sa vraie personnalité et son état d’être.

On dit que l’on reste bloqué dans un passé sans pouvoir avoir accès au présent et aux choix d'actions offert par le soi adulte. Ce présent, où l’appartenance n’est plus guidée par des comportements à avoir.

 

 Dans certains cas, les injonctions, dysfonctions, insécurités sont si fortes dans le vécu de l’enfance que cela va faire le nid à ce que l’on appelle le traumatisme complexe. Un traumatisme non pas venu d’un évènement isolé choquant mais une succession d’évènements, d’un système traumatisant, d’une ambiance insécure sur un temps long. Le trauma enfin est surtout liée à la manière dont cela a été vécu à l’intérieur de soi.

La culture hyper individualiste dans laquelle nous avons glissé aussi participe au trauma, cette fois-ci de manière collectif. Il y a des injonctions de part et d’autre à de l’uniformalisme, à de la quête à être les meilleur.e.s, à se considérer comme des concourants, â entrer dans une perfection inatteignable.

Par exemple, une injonction que l’on lit souvent dans le développement personnel : « devenir la meilleure version de soi ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Il y aurait des bonnes et des mauvaises versions de soi ? Il faudrait du coup rejeter des parts de soi qui ne sont pas considérées comme des meilleures ?

Tu vois où je veux en venir, des refoulements, des mises à l’écart de certaines parties de ton authenticité pour entrer dans un moule… Et on revient à la souffrance de ne pas se permettre sa complétude.

À cela on peut aussi rajouter d’autres rejets traumatisants sociétaux comme racisme, sexisme, les discriminations sur personnes LGBTIQA+, aux handicaps physiques ou mentaux, être neuro-atypique…

Le problème quand le besoin d'appartenance et le besoin d'être soi-même n’arrivent pas à se joindre.

Il y a deux risques principaux quand appartenir n’arrive pas à s’associer avec l’authenticité : le risque d’isolement et le risque de sur adaptation. Et dans certains cas, le risque des deux en même temps. 

Le risque d’isolement

Ici, l’autre est perçu comme trop dangereux, comme instable, comme non présent ce qui va entrainer une quête d’isolement. Et comme, il n’est pas possible d’être soi-même avec un autre ou pire encore ne groupe, la solitude devient un refuge.

On retrouve aussi les comportements d’hyper indépendance qui vient de la croyance bien ancrée (ancrée dans l’esprit et dans le corps via les expériences vécues et ressenties) que les autres ne sont pas fiables, que l’on peut compter que sur soi-même.

L’hyper indépendance comporte des risques accrus de stress : à devoir tout porter tout seul.e avec plus de chance de faire des burn-out par exemple.

Nombreuses études ont montré le danger de la solitude pour la santé globale et nous avons tous pu observer ses effets néfastes lors la covid19.

Le rapport de l'OMS sur la solitude, publié en 2025, révèle que la solitude touche une personne sur six dans le monde et est à l'origine d'environ 100 décès par heure, soulignant l'importance cruciale des liens sociaux pour la santé et le bien-être.

étude OMS 2025

La sur-adaptation pour garder le lien

“L’enfant préfère perdre son authenticité plutôt que perdre l’attachement.”

 Gabor Maté, médecin spécialiste en trauma.

 

Afin de conserver le lien vital, ici, il va y avoir du sacrifice de parts de soi.

C’est une question là encore de survie.

La sur-adaptation se loge les comportements mis en place sont aux services des besoins des autres (besoins qui sont souvent présumés). C’est un exercice de caméléon, la personne se change en fonction de son environnement et des personnes avec qui elle est.

 

Mais dans ce cas, ses propres besoins sont enfuis tout comme ses aspirations, des parties de sa personnalité etc. Cela engendre un épuisement du fait de devoir porter un masque social tout le temps et de devoir maintenir un certain contrôle, de la colère et de la frustration des parties en soi et besoins sacrifiés, de la tristesse et de l'anxiété de ne pas pouvoir s’accomplir et prendre sa place.

Comme pour le risque de l'isolement, le risque de la sur-adaptation a des conséquences sur le corps dont le système immunitaire plus affaibli du fait du stress et de l'activation du mode survie. 

Comment faire pour allier appartenance et authenticité ? 

Au commencement, il y a la sécurité. 

Se sentir en sécurité est primordial pour appartenir et pour être dans son essence personnelle.

 

En sécurité je peux me lier à l’autre sans ressentir de danger.

 

C’est par le caractère vital du lien que les blessures d’attachement et traumatismes relationnels sont si impactants car cela va moduler le système nerveux et notre rapport au monde.

 

Le système nerveux va en permanence scanner l’environnement intérieur, extérieure et entre les deux afin de répondre à la question simple : Suis-je en sécurité ?

S’il perçoit du danger, cela va enclencher l’alarme et la mise en place de stratégies de défense : combattre, fuir, se soumettre à la volonté de l’autre, s’immobiliser ou encore s’effondrer ou dissocier...

Un système dys-régulé est un système qui perçoit du danger plus qu’il n’y a de danger réel. Il reste brancher en quelques sortes à ses ressentis passés. Le corps n’oubliant rien comme nous le rappelle Bessel Van der Kolk, psychiatre américain et spécialiste du traumatisme. (son livre best seller : Le corps n’oublie rien).

Pour ramener le corps en sécurité, on va chercher donc d’une certaine manière à rééduquer son système nerveux et son alarme à danger. Cela se fait petit à petit, avec un travail d’intégration somatique. Le corps et l'esprit ne parlant pas la même langue, il nous faut trouver le moyen de dialoguer avec le corps.

Le but est de développer le sentiment de sécurité et aussi la conscience du chemin vers un retour à la sécurité ( la vie n'étant pas un long fleuve tranquille il est important de savoir retrouver un sens de sécurité après une tempête...).

 

Pour cela, on va utiliser différentes techniques régulatrices comme :

  •  La respiration
  •  Des mouvements spécifiques
  •  Des techniques d’ancrage
  •  Des pratiques de conscientisation pour apaiser les blessures et permettre de nouveau schémas…
  •  Des exercices de conscience corporelles
  •  Des visualisations
  •  Des méditations
  •  L’utilisation de pratiques artistique comme la danse, le chant, le dessin etc.
  •  …

 

Il y a en effet de nombreux outils existants et je prône la pratique multiple étant donné notre complexité. L’idée ici sera de pratiquer régulièrement afin de permettre à la neuroplasticité d’œuvrer vers une nouvelle manière d’être au monde, d’être dans la sécurité.

 

La sécurité se fait également dans le lien.

Pour Porges « rien ne sera jamais aussi efficace pour nous réguler que des personnes elles-mêmes régulées », c’est le principe de co-régulation.

La co-régulation désigne le processus par lequel deux personnes ou plus interagissent afin de réguler ensemble leurs états émotionnels et physiologiques. Elle implique une présence attentive, une écoute bienveillante et des gestes ou paroles qui favorisent le sentiment de sécurité et d’apaisement.

Quelles sont les personnes avec qui tu peux ressentir cette co-régulation ?

Avec qui tu peux te sentir soutenu.e ? Avec qui tu peux être toi-même ?

 

À quel type de groupe veux-tu appartenir ?

À quoi ressemble ta tribu dans laquelle tu te sens bien ?

Quelles sont tes communautés ?

Comment tu te sens auprès des autres ?

Les blessures et traumas du lien sont très forts et impactants pendant longtemps. Malheureusement elles sont très courantes dans notre monde actuel où la connexion virtuelle est devenue plus facile que la connexion réelle entre les êtres.

Être en lien comporte des risques et parfois il y a besoin de rééducation de ton système pour pouvoir supporter ces risques.

Surtout si être en relation n’a pas été appris ou appris dans des systèmes familiaux où la sécurité n’était pas régulière.

Si c’est ton cas, cela demande du temps, de la douceur, de la compassion pour libérer les charges émotionnelles qui sont reliées aux blessures.

 

Petit à petit, tu peux te proposer de nouvelles expériences de liens et réapprendre à être connecté.e dans ton authenticité.

 

Tu peux commencer par des communautés bienveillantes, cela peut-être :

  • Une seule personne avec qui tu ne te sens pas jugé.e, avec qui tu te sens vu.e et reconnu.e
  • Des groupes de parole
  • Des ateliers et stages encadrés
  • Trouver les espaces où tu peux faire vivre ta passion avec des personnes aussi passionnées que toi.

 

Il y a aussi les autres appartenances : la nature, le monde animal, végétal, l’histoire de l’humanité, l’art pour compléter ce sentiment d’appartenir au monde.

Bien sûr, l’accompagnement thérapeutique est une grande ressource pour aller dans ce chemin vers soi et vers les autres.

En thérapie, on crée cet espace sécure où toutes les parts de toi sont accueillis avec bienveillance et compassion et on respecte le rythme qui est le tien.

Le sujet est très dense, j’ai tenté au mieux de synthétiser, dis-moi en commentaire si tu as des questions ou des volontés que je fasse un article sur un point plus spécifique. Des retours peuvent être aidant ! 


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